Sécurité des Données PME : Comment Choisir des SaaS B2B Conformes RGPD Sans Sacrifier la Productivité
Temps de lecture : 10 minutes
Votre CRM stocke les coordonnées de 5 000 clients. Votre outil de facturation contient leurs données bancaires. Votre plateforme RH gère les informations personnelles de vos salariés. Savez-vous exactement où ces données sont hébergées, qui peut y accéder, et si vous respectez vos obligations légales ?
Pour 73% des PME françaises, la réponse est floue. On choisit un SaaS pour ses fonctionnalités et son prix, rarement pour sa politique de protection des données.
Ce guide vous donne les clés pour évaluer la conformité RGPD de vos outils SaaS, identifier les risques réels, et construire une stack à la fois productive et respectueuse de la réglementation.
RGPD et SaaS : ce que vous devez savoir
Vos responsabilités en tant qu’utilisateur
Le RGPD distingue deux rôles : le responsable de traitement (vous) et le sous-traitant (l’éditeur SaaS). Cette distinction est fondamentale car elle détermine qui porte la responsabilité en cas de manquement.
En tant que responsable de traitement, vous êtes garant de la conformité globale. Même si la fuite vient du SaaS, c’est votre entreprise qui devra rendre des comptes à la CNIL et à vos clients.
Concrètement, vos obligations incluent :
- Vous assurer que chaque SaaS offre des garanties suffisantes
- Documenter les traitements de données dans un registre
- Informer les personnes concernées de l’utilisation de leurs données
- Répondre aux demandes d’accès, rectification et effacement
- Notifier toute violation de données dans les 72 heures

Ce que le RGPD exige des éditeurs SaaS
L’éditeur SaaS, en tant que sous-traitant, doit respecter des obligations spécifiques :
- Traiter les données uniquement selon vos instructions
- Assurer la confidentialité des données
- Mettre en œuvre des mesures de sécurité appropriées
- Vous assister dans le respect de vos propres obligations
- Supprimer ou restituer les données en fin de contrat
- Vous informer immédiatement de toute violation
Ces obligations doivent être formalisées dans un DPA (Data Processing Agreement). Sans ce document, vous êtes techniquement en infraction.
Le cas particulier des transferts hors UE
Le RGPD encadre strictement les transferts de données personnelles vers des pays n’offrant pas un niveau de protection équivalent à l’Europe. Les États-Unis, malgré le nouveau Data Privacy Framework de 2023, restent un sujet de vigilance.
Si votre SaaS américain héberge des données aux États-Unis, le transfert doit être encadré par des garanties appropriées : clauses contractuelles types, règles d’entreprise contraignantes, ou certification au Data Privacy Framework.
Les critères de sélection d’un SaaS sécurisé

1. Localisation de l’hébergement
Le premier critère à vérifier est l’emplacement physique des serveurs. Un hébergement en France ou dans l’Union européenne simplifie considérablement la conformité.
Attention aux formulations ambiguës. « Données sécurisées » ne signifie pas « données en Europe ». Certains éditeurs hébergent en Europe mais répliquent vers des serveurs américains pour la sauvegarde.
Exigez une réponse claire : dans quel pays précis mes données sont-elles stockées ? Y a-t-il des transferts vers d’autres pays ? Si oui, lesquels et avec quelles garanties ?
2. Certifications et audits de sécurité
Les certifications attestent d’un niveau de maturité en matière de sécurité :
| Certification | Ce qu’elle garantit |
| ISO 27001 | Norme internationale de gestion de la sécurité de l’information |
| SOC 2 Type II | Contrôles sécurité testés sur une période (standard US) |
| HDS | Hébergeur de Données de Santé (obligatoire secteur santé) |
| SecNumCloud | Qualification ANSSI, plus haut niveau France |

3. Politique de confidentialité et DPA
Lisez la politique de confidentialité avant de signer. Cherchez les réponses : quelles données sont collectées ? Pour quelles finalités ? Combien de temps sont-elles conservées ? Qui y a accès ?
Les éditeurs sérieux proposent leur DPA en téléchargement direct sur leur site. Si vous devez batailler pour l’obtenir, c’est mauvais signe.
4. Mesures de sécurité techniques
- Chiffrement : AES-256 pour le stockage, TLS 1.2/1.3 pour les échanges
- Authentification 2FA : disponible et idéalement obligatoire pour les admins
- Gestion des accès : rôles avec permissions granulaires
- Sauvegardes : automatiques, régulières, testées
- Logs d’audit : traçabilité des accès et actions
5. Capacité à répondre aux droits des personnes
Le RGPD donne aux individus des droits : accès, rectification, effacement, portabilité. Votre SaaS doit vous permettre d’exercer ces droits techniquement. Pouvez-vous exporter les données d’un client ? Les supprimer définitivement sur demande ?
Alternatives européennes aux géants américains
Pourquoi considérer des alternatives européennes
Choisir un SaaS européen simplifie la conformité RGPD en éliminant la question des transferts transatlantiques. C’est aussi un choix de souveraineté numérique : vos données restent sous juridiction européenne, à l’abri des lois extraterritoriales américaines comme le Cloud Act.
| Catégorie | Alternatives FR/EU | Points forts |
| CRM | Sellsy, Axonaut, noCRM | Hébergement France, ISO 27001, support FR |
| Facturation | Pennylane, Qonto, Tiime | Données bancaires sécurisées, ACPR |
| Gestion projet | Kantree, Azendoo | Serveurs France, option on-premise |
| Communication | Talkspirit, Citadel | Souveraineté, niveau sécurité élevé |
Hébergement cloud souverain
Pour vos applications auto-hébergées, les hébergeurs français offrent des alternatives crédibles :
- OVHcloud : leader européen, datacenters en France, offre complète
- Scaleway : cloud moderne, orientation développeurs et startups
- Outscale : qualification SecNumCloud, exigences élevées
Checklist de vérification avant adoption
Questions à poser à l’éditeur
Sur la localisation : Dans quel pays sont hébergées les données ? Y a-t-il des transferts hors UE ?
Sur la sécurité : Disposez-vous de certifications ? Quels mécanismes de chiffrement ? Proposez-vous le 2FA ?
Sur la conformité : Fournissez-vous un DPA ? Comment m’aidez-vous pour les demandes d’exercice de droits ?
Sur la sortie : Comment puis-je exporter mes données en fin de contrat ? Sous quel délai les supprimez-vous ?
Documents à obtenir
Constituez un dossier de conformité pour chaque SaaS critique :
- DPA signé
- Politique de confidentialité
- Certificats de sécurité (ISO 27001, SOC 2…)
- Documentation technique sur les mesures de protection
- Preuve de localisation des données
Signaux d’alerte
Rédhibitoire : absence de DPA, impossibilité de localiser les données, conditions générales s’arrogeant des droits étendus sur vos données, impossibilité technique d’effacer des données.
Bonnes pratiques internes
Cartographier vos traitements
Le RGPD impose de tenir un registre des activités de traitement. Listez chaque SaaS avec : quelles données personnelles y sont stockées, pour quelle finalité, quelle base légale, qui y a accès, quelle durée de conservation.
Minimiser les données collectées
Le RGPD impose le principe de minimisation : ne collectez que les données strictement nécessaires. Moins vous stockez de données, moins vous avez de risques en cas de fuite.
Former vos équipes
La sécurité technique ne suffit pas si vos collaborateurs ne sont pas sensibilisés. Formez-les aux bonnes pratiques : mots de passe robustes, reconnaissance du phishing, prudence avec les exports de données.
Prévoir la gestion des incidents
Préparez-vous en amont : qui est responsable de la gestion de crise, comment évaluer la gravité, comment notifier la CNIL dans les 72 heures, comment informer les personnes concernées.
Cas pratique : audit sécurité d’une PME
Situation initiale
Un cabinet de recrutement de 8 personnes utilise une dizaine de SaaS : CRM américain, ATS européen, suite Google, outils variés. Le dirigeant s’inquiète de sa conformité après une demande d’effacement d’un candidat.

Problèmes identifiés
- CRM américain sans DPA signé, transferts non encadrés
- Durée de conservation des CV jamais paramétrée
- Accès non révoqués après un départ il y a 6 mois
- Aucun registre des traitements
Actions correctives
- Migration CRM vers Sellsy (solution française avec DPA)
- Purge automatique des candidatures après 24 mois
- Revue des accès et procédure de départ systématique
- Constitution du registre des traitements
- Formation équipe aux bonnes pratiques RGPD
Résultat : Trois mois plus tard, le cabinet peut répondre sereinement aux demandes d’exercice de droits. La conformité est documentée. Le dirigeant dort mieux.
Conclusion : la sécurité comme avantage concurrentiel
La conformité RGPD n’est pas qu’une contrainte légale à subir. C’est un signal de professionnalisme envoyé à vos clients et partenaires. Dans un contexte de méfiance croissante envers le numérique, pouvoir affirmer que vos données sont hébergées en France, protégées selon les standards les plus exigeants, devient un argument commercial.
Les PME qui prennent ce sujet au sérieux se différencient. Elles rassurent les grands comptes qui exigent des garanties de leurs fournisseurs. Elles évitent les mauvaises surprises d’un contrôle CNIL. Elles protègent leur réputation contre les conséquences désastreuses d’une fuite de données.
Commencez par auditer votre stack actuelle. Identifiez les outils à risque. Constituez les dossiers de conformité manquants. Et pour vos prochains choix, intégrez la sécurité des données comme un critère de sélection au même titre que les fonctionnalités et le prix.
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